Contraception d’urgence : pour qui, pourquoi, comment ? Oubli de pilule, rupture de préservatif, rapport sexuel non ou mal protégé : la contraception d’urgence est utile pour éviter une grossesse non désirée, à condition de réagir rapidement. Mais attention, elle ne remplace pas une contraception régulière. Le point avec Thanh Le Luong, directrice générale de l’INPES. Quels sont les moyens contraceptifs d’urgence aujourd’hui ?
Il existe deux sortes de moyens contraceptifs d’urgence : la contraception d’urgence hormonale qui se présente sous la forme d’un comprimé à prendre le plus tôt possible après le rapport non protégé et le dispositif intra-utérin (DIU) au cuivre ou stérilet.
Aujourd’hui, il existe deux contraceptions hormonales disponibles sur le marché : le Norlevo et EllaOne (depuis 2009).
Quand faut-il les utiliser ?
En ce qui concerne la contraception d’urgence hormonale, Norlevo est à prendre le plus tôt possible et dans les 72 heures maximum après le rapport non protégé. Pour EllaOne, elle peut-être utilisée dans les 5 jours après le rapport à risque. L’insertion d’un DIU au cuivre, quel que soit le moment du cycle, est possible jusqu'à 5 jours après la date estimée d'ovulation.
Sont-ils efficaces ?
Oui ils sont très efficaces mais cette efficacité diminue avec le temps pour Norlevo : Norlevo est efficace à 95% si on l’utilise dans les 24 heures après le rapport à risque ; l’efficacité est de 85% en cas d'utilisation entre 24 et 48h après le rapport à risque. Enfin quand elle est utilisée entre 49 et 72h après le rapport à risque, l'efficacité baisse à 58%.
L’efficacité d’EllaOne est plus stable sur la durée.
Enfin, le DIU au cuivre est considéré comme la méthode la plus efficace en cas de rapport non ou mal protégé. Une fois posé, il sert par la suite de contraception régulière.
Comment se les procurer ?
Norlevo est délivrée en pharmacie avec ou sans ordonnance pour les personnes majeures. Pour les mineures (seulement les filles), Norlevo est délivrée en pharmacie avec ou sans ordonnance mais aussi dans les centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) présents dans de nombreux départements en France, à l’infirmerie scolaire des collèges et lycées.
EllaOne est délivrée uniquement sur ordonnance.
Le DIU au cuivre est prescrit et posé par un médecin (généraliste ou gynécologue). Il est délivré en pharmacie.
Est-ce gratuit ?
Norlevo coûte environ 7,60 € et est remboursée sur ordonnance (d’un médecin ou d’une sage femme) pour les personnes majeures. Cette pilule est gratuite pour les mineures (sans avoir besoin de montrer leur carte d’identité). EllaOne n’est pas remboursée, son prix public conseillé est de 30,70 €.
Le DIU au cuivre coûte environ 30,50 € et est remboursé à 65% par l’Assurance maladie.
Certaines jeunes filles utilisent-elles la pilule du lendemain comme moyen contraceptif ?
Si cela est le cas, elles sont minoritaires. En 2005 (données Baromètre Santé 2005 - Moreau C., Lydié N., Warszawski J., Bajos N., 2007, « Activité sexuelle, IST, contraception : une situation stabilisée », in Beck F., Guilbert P., Gautier A. (dir.), Baromètre Santé 2005, INPES), parmi les filles sexuellement actives de moins de 20 ans et ayant déjà eu recours à la contraception d’urgence, seulement 10% d’entre elles déclaraient y avoir eu recours plus de 2 fois au cours de leur vie. Au total, en 2005, moins de 3% des filles de moins de 20 ans sexuellement actives avaient utilisé la contraception d’urgence plus de deux fois au cours de leur vie.
Il faut cependant rappeler que, si la contraception d’urgence doit être utilisée chaque fois que nécessaire pour éviter une grossesse non désirée, elle ne peut se substituer à une contraception planifiée.
Les jeunes filles peuvent-elles accéder gratuitement et anonymement à une contraception régulière ?
Oui, elles peuvent accéder gratuitement et anonymement à une contraception régulière en allant notamment dans les centres de planification et d’éducation familiale : ces lieux assurent des consultations de contraception ainsi que des actions de prévention portant sur la sexualité et l'éducation familiale. Les mineures qui souhaitent garder le secret sur leur vie intime peuvent obtenir gratuitement et sans autorisation de leurs parents une consultation médicale, la prescription d'un moyen contraceptif, la contraception d'urgence, ainsi que les bilans et le suivi nécessaires. Toute personne sans couverture sociale personnelle peut aussi bénéficier de ces prestations gratuitement.
Pour rappel, les consultations chez un médecin de ville restent aussi confidentielles puisque le médecin est tenu au secret professionnel.
Quels sont les freins à une contraception chez les jeunes ?
Plusieurs freins existent : tout d’abord, les nombreux tabous qui entourent la sexualité des adolescents (tabous socio-culturels, familiaux, religieux, etc.) et qui empêchent les jeunes filles d’accéder à une contraception assumée, adaptée et bien gérée puisque certaines d’entre elles sont obligées de se cacher pour prendre cette contraception.
Ensuite, la méconnaissance des méthodes existantes (il en existe plusieurs, outre la pilule et le préservatif) et le manque d’information sur leur efficacité, leur mode d’utilisation, leurs effets secondaires etc. ; en effet, beaucoup d’idées reçues persistent dans ce domaine comme l’idée que la pilule fait systématiquement grossir, qu’on ne court pas de risque de grossesse avec un seul oubli, que le stérilet rend stérile ou ne peut être posé que chez une femme qui a des enfants…
Il y a également la méconnaissance chez les plus jeunes du fonctionnement du corps (des cycles, etc.) et consécutivement du risque de grossesse existant. Par ailleurs, des facteurs psychologiques plus ou moins conscients, qu’il est très difficile de quantifier (tester sa féminité, sa fécondité ou encore sa relation amoureuse), interviennent sans doute dans certains cas de grossesse précoce ou d’IVG. Enfin, le problème n’est pas seulement celui de l’absence de contraception mais celui des échecs contraceptifs. Près de 70% des femmes de 15 à 20 ans déclarent avoir utilisé la contraception suite à un oubli de pilule (29%) ou à un problème avec le préservatif (40%) – données Baromètre Santé 2005.
Quelles sont les questions les plus posées sur la contraception à Fil santé jeunes ?
En 2008, à l’issue des campagnes de communication de l’Inpes sur la contraception, plusieurs questions émergeaient parmi les appels à Fil santé jeunes :
- L’oubli de pilule
- Le fonctionnement de la pilule : par exemple, est-elle encore efficace pendant la semaine d’arrêt entre deux plaquettes ?
- Le fonctionnement des autres méthodes contraceptives
- La contraception d’urgence ainsi que la nécessité de former les pharmaciens à la délivrer sans condition
- La question de la confidentialité des médecins
- Le préservatif et ses modalités d’usage (utilisation de gel à base d’eau…) avec le besoin de notices explicatives pratiques
- Le coût des préservatifs et des contraceptifs
- Le suivi des femmes ayant eu une IVG….
Pour en savoir plus : http://www.filsantejeunes.com
http://www.portailsantejeunes.com
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