La dynamique « Espoir banlieues » En juin dernier, lors de la réunion du Comité interministériel des villes à Meaux, chaque ministre a présenté son plan d’actions pour les banlieues. Qu’en est-il en matière d’emploi et d’éducation ? Fadela Amara, secrétaire d’État en charge de la politique de la ville a répondu à nos questions.

Qu’est-ce que le contrat d’autonomie ? En quoi va-t-il valoriser l’emploi dans les quartiers ?
Le contrat d’autonomie, ce n’est pas un dispositif de plus. C’est un concept totalement novateur, qui a pour but de connecter les jeunes demandeurs d’emploi des quartiers populaires aux entreprises qui peinent à recruter.
Il part d’un constat simple : alors que la situation de l’emploi s’améliore sensiblement dans tout le pays, les jeunes des quartiers prioritaires sont encore nombreux à ne pas trouver du travail, même les plus diplômés d’entre eux. Dans le même temps, beaucoup de chefs d’entreprises déplorent de ne pas pourvoir à leurs offres d’emploi, dans des secteurs que l’on appelle « en tension ». Le contrat d’autonomie va permettre à ces deux mondes de se rencontrer, en même temps qu’il va permettre à des jeunes qui ne trouvent pas de travail d’être accompagnés et même suivis dans la recherche active d’un emploi.
Cela passe par un contrat, qui sera signé entre le jeune et un organisme de placement rémunéré au résultat. Cet organisme se devra d’aller chercher le jeune dans les quartiers et de lui proposer un accompagnement individualisé durant 6 mois ou 1 an pour lui permettre d’accéder au monde de l’entreprise grâce à une méthode de coaching, et surtout d’y rester grâce à un suivi efficace.
150 000 à 200 000 jeunes de moins de 26 ans sont sans emploi aujourd’hui dans les quartiers prioritaires, 80.000 seulement sont inscrits à l’ANPE. Le contrat d’autonomie sera proposé durant les trois premières années à 45 000 jeunes des quartiers prioritaires.
L’éducation est l’autre priorité du plan Espoir banlieues. Que prévoit-il contre l’échec scolaire et contre les inégalités ?
Je tiens d’abord à rappeler que l’école est le creuset par excellence de la mixité sociale. C’est le meilleur moyen pour tous de prétendre à la réussite.
Or, nous faisons le constat malheureux, partagé par les milliers de personnes qui se sont exprimées lors des rencontres territoriales, qu’il existe encore de nombreux endroits où les jeunes n’ont pas les moyens ni les opportunités d’atteindre la réussite. C’est pour eux qu’avec Xavier Darcos, ministre de l’Éducation Nationale, nous avons décidé d’agir car nous voulons faire des quartiers populaires, le vivier des compétences et des élites de demain. Notre action a été menée en plusieurs axes. D’abord, nous avons généralisé le dispositif d’accompagnement à toutes les écoles situées dans les 215 quartiers prioritaires. Les élèves bénéficieront dès la rentrée prochaine d’un accueil de deux heures après les cours, quatre jours par semaine, à l’occasion desquelles ils profiteront d’une aide aux devoirs ou d’activités sportives ou culturelles. Dans le même temps, nous nous donnons comme objectif de fermer les collèges les plus dégradés, car il est inadmissible que notre République ne puisse offrir à tous les mêmes conditions pour étudier.
L’éducation, c’est aussi l’ouverture vers l’excellence. Nous allons donc ouvrir les portes des grandes écoles aux quartiers prioritaires, car nous savons que les capacités sont là, mais que trop souvent elles se heurtent au plafond de verre. 5% des élèves les plus méritants iront donc dans les classes préparatoires des grandes écoles.
Enfin, un autre point auquel je suis très attachée, c’est le l’expérimentation de la mixité sociale dans l’éducation, à travers le busing.
En quoi consiste cette pratique ?
Il s’agit d’une expérience innovante inspirée, mais adaptée, de l’étranger. Elle consiste à scolariser des jeunes des quartiers prioritaires dans les quartiers plus aisés. Elle concernera, dans un premier temps, les élèves de primaire, de CM1 et de CM2 particulièrement, pour lesquels on assurera le transfert en bus le matin et le soir. Cela permettra une véritable mixité dans les classes et une ouverture chez les jeunes.
Ce dispositif existe déjà dans une école de Oullins, près de Lyon, où il donne d’excellents résultats, parce que bâti sur mesure, en partenariat avec les parents d’élèves, le corps enseignants et la collectivité. Il sera mis en place dans plusieurs écoles dès la rentrée prochaine. Déjà, une vingtaine de maires se sont manifestés pour s’engager dans ce dispositif.
Il est également question d’internats d’excellence. Qui pourra en bénéficier ?
Les internats d'excellence permettront un accueil pour des collégiens et lycéens de l'éducation prioritaire et des territoires de la politique de la ville. Il s'agit de répondre à des besoins diversifiés qui correspondent à des situations très variées dans une logique de "sur mesure". De nombreux élèves, malgré leur motivation et leurs capacités, sont pénalisés dans leur parcours scolaire par un environnement inadapté et une situation sociale difficile. Cette situation compromet grandement leurs chances de réussite. Ceux-là disposeront de places réservées dans un internat existant, dans le cadre du projet pédagogique de l’établissement, sans qu’il soit nécessaire d’apporter un soutien particulier. D’autres ayant des difficultés à exprimer leur potentiel scolaire ne pourront intégrer un internat classique qu’en bénéficiant d’un projet pédagogique et éducatif spécifique pour l'exercice de leur scolarité et de leur vie sociale.
Enfin, les élèves très jeunes ou ceux qui sont plus en difficulté, pour des raisons familiales et sociales, devront bénéficier d’une aide très renforcée pour réussir leurs études. Pour eux, le projet pédagogique sera enrichi d'un projet éducatif, sportif ou culturel en fonction des besoins identifiés.
L’objectif est de proposer aux familles 1 400 places en internats dès le mois de septembre, 2 500 places dans les trois ans et 4 000 au terme de cinq années.
On parle aussi d’écoles de la deuxième chance. À qui vont-elles s’adresser ?
Les écoles de la deuxième chance s’adressent aux jeunes de 18 ans et plus sortis du système éducatif sans diplôme ni qualification. Cinq écoles de la deuxième chance lancent par ailleurs une expérimentation sur les 16-18 ans. Il s’agit de donner une nouvelle chance à des jeunes qui en ont la motivation et qui, à un moment de leur vie, ont dévié du chemin de la réussite.
Quand vont se mettre en place les mesures ? Tous les quartiers sensibles seront-ils concernés ?
Certains dispositifs sont déjà lancés. Ainsi, les engagements d’embauche des entreprises du CAC 40 ont été remplis à près de 50% au bout de 4 mois. De même, les premiers contrats d’autonomie sont signés le 10 juillet. En ce qui concerne la sécurité, un sujet très important aussi, Michèle Alliot-Marie ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales a mis en place les premières unités territoriales de quartier en Seine-Saint-Denis dans les semaines qui ont suivi l’allocution du Président de la République. Il y en aura 8 avant la fin de l’année, et 30 de plus en 2009.
Concernant tous les dispositifs, et notamment les mesures d’éducation, la machine sera complètement lancée dès le mois de septembre. Et puis, dès le mois de décembre, nous serons en mesure de faire un premier bilan.
Tous les quartiers Espoir banlieues, à savoir les 215 quartiers définis comme les plus prioritaires, seront concernés. Certaines mesures s’appliqueront aussi aux territoires de la politique de la ville, car il s’agit pour moi d’effacer très rapidement toutes les inégalités territoriales.
Quelles démarches devront faire les jeunes pour en bénéficier ?
Il suffira pour les jeunes de s’adresser aux préfectures, à leur maire, ou encore à leurs relais habituels, comme les associations de quartier. Je tiens d’ailleurs à souligner qu’elles ont été un véritable vivier d’informations et d’idées pour la création du programme Espoir Banlieues.
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